Grâce à la musique chrétienne, les Bantous et les Pygmées brisent les préjugés, les barrières socio-ethniques et cohabitent dans un esprit de fraternité au sein des chorales de la Supra-paroisse Oicha-Nzima de l’Église évangélique du rite africain (EERA), siège du diocèse d’Oïcha, en territoire de Beni, au Nord-Kivu. Cette cohabitation a déjà favorisé l’épanouissement de certains Pygmées.
Souvent victimes des préjugés, certains Pygmées prouvent actuellement qu’ils disposent d’énormes potentiels. Monsieur Anselme Kambale est entraîneur de l’orchestre La Voix de l’Evangile, l’un des orchestres qui encadrent les Pygmées à la supra-paroisse Oïcha-Nzima de l’EERA.
“Les Pygmées, nous travaillons très bien avec eux. Ils s’adaptent vraiment. Pour les chants ou la danse, tout est normal, rien ne les dépasse, ils travaillent bien. Les Pygmées ont une très bonne mémoire“, témoigne-t-il.
Dans cet orchestre se trouve notamment monsieur Bwanambele Flamme, un jeune Pygmée âgé d’environ 16 ans et élève en deuxième année des Humanités Commerciales et Gestion à l’Institut Mbimbi de l’avenir.
Originaire de Mamove et déplacé à la suite des massacres des ADF, il reconnaît que son intégration et son adaptation n’ont pas été faciles, suite aux préjugés liés à son ethnie. Il affirme toutefois s’en être sorti grâce à son humilité et apprécie la fraternité qui règne aujourd’hui au sein de l’orchestre.
“Premièrement, j’avais respecté les dirigeants et les autres membres de l’orchestre. J’étais toujours simple, c’est ma simplicité qui m’a permis de m’adapter. Aujourd’hui, ça marche vraiment très bien“, a-t-il raconté.
Monsieur Wanju Janvier Kisubi, est un autre Pygmée qui se distingue dans les chorales de l’EERA à Oïcha. Grâce à son talent, il est actuellement le deuxième entraîneur de l’orchestre Jeunes Bénis, l’une des grandes chorales locales.
“Personnellement, l’entraîneur principal avait des difficultés à encadrer deux chorales. C’est ainsi qu’il m’a confié la charge de faire évoluer cet orchestre, et aujourd’hui je suis son deuxième entraîneur“, a-t-il déclaré.
Son talent d’entraîneur est bien apprécié par les membres de cet orchestre.
“Sa manière d’enseigner les chants est très bonne. Il est très compétent dans l’organisation des voix. Avant d’être notre deuxième entraîneur, il était d’abord chantre. Nous apprenons bien avec lui, il n’est pas compliqué, il est très bien. Les Pygmées savent aussi enseigner comme les autres entraîneurs bantous“, affirme la chantre Katungu Waluhivwe Elda, membre de l’orchestre Jeunes Bénis.
Malgré leur adaptation et leur rôle important dans les chorales, les Pygmées font face à certaines difficultés. Ils manquent de moyens, surtout financiers, pour répondre à certaines exigences, explique Anselme Kambale, entraîneur de l’orchestre La Voix de l’Évangile. Toutefois, les chorales s’organisent parfois pour leur venir en aide, précise-t-il.
“Pour eux, la plus grande difficulté réside au niveau des revenus financiers. Par exemple, lorsqu’il faut payer la tenue de l’orchestre ou envisager des sorties, cela reste souvent difficile pour eux. Dans notre orchestre, nous sommes parfois obligés de doubler les contributions des autres afin de couvrir leur part, pour qu’ils se sentent au même niveau que les autres“, a-t-il expliqué.
Afin d’encourager les Pygmées déjà engagés au service du Seigneur et d’inciter leurs pairs à s’y impliquer, Sylvain Kakule Vitsetsi, troisième diacre du service des chorales au diocèse d’Oïcha, appelle à leur soutien.
“Les chrétiens ne soutiennent pas encore les Pygmées comme il le faudrait. Nous demandons à tout le monde de nous accompagner dans la sponsorisations de ces chantres pygmées afin qu’ils demeurent engagés dans l’Église“, a-t-il lancé.
Autrefois, la paroisse de Mamove de l’EERA disposait d’un orchestre, “Écho du Ciel”, composé uniquement de Pygmées. À la suite des massacres perpétrés par les ADF, les membres de cet orchestre ont été dispersés. Seuls quelques-uns ont rejoint les chorales dans les paroisses situées dans des zones sécurisées.
Didy Vitava




























