Vingt-huit (28) ans après les massacres de Kikyo, dans la partie nord de la ville de Butembo, (Nord-Kivu), dans l’Est de la RDC, la douleur reste vive. Les survivants, eux, continuent de réclamer justice et réparation. Ils dénoncent le silence des autorités face à ces crimes restés impunis.
Pour de nombreuses survivantes des massacres de Kikyo, le 14 avril n’est pas seulement une date, mais une journée de triste mémoire marquée par des crimes imprescriptibles. Âgée aujourd’hui de plus de 60 ans, Kavira Kalyambono a perdu son petit frère, Kakule Kalyambono, tué par balle puis enterré dans la cour de leur parcelle à Brazza, une cellule du quartier Congo Ya Sika, au nord de Butembo.
“On l’avait tué puis enterré dans notre parcelle. Ce sont les secouristes de la Croix-Rouge qui s’en étaient chargés, en plein jour. Le même jour, un autre jeune, notre voisin, a également été tué. On lui avait enfoncé un clou dans la tête. Malheureusement, il a été enterré à Kikyo avec ce clou. Il n’était pas encore mort, mais il a été mis en terre dans ces conditions au cimetière de Kikyo”, se remémore-t-elle.
Vingt-huit (28) ans après, elle continue de pleurer cette perte tragique de son frère et déplore l’impunité dont bénéficient les auteurs de ces crimes.
“Si les autorités se préoccupaient réellement de ces massacres, les auteurs seraient déjà poursuivis. Malheureusement, elles ne pensent pas à nous, les victimes. Nous ne recevons même pas un simple message de condoléances de leur part. En tout cas, non”, déplore-t-elle.
Les familles survivantes réclament également réparation. Madame Kavira Cécile, veuve de feu Kayange Musanga, enseignant à l’École primaire Masoyi, (à Furu), lui aussi fauché par lors de ces massacres, continue de porter la douleur liée à la disparition tragique de son époux. Elle exige réparation.
“Ceux qui m’aidaient à prendre en charge les enfants ne sont plus là ; il n’en reste qu’un seul. Depuis la mort de leur père, leur encadrement pose problème. Ils grandissent, mais dans de grandes difficultés. Tous dépendent de moi pour leurs besoins, et en tant que mère, ce n’est pas facile, c’est très compliqué. Si seulement les autorités pouvaient envisager une réparation pour les veuves et les orphelins”, plaide-t-elle.
Vingt-huit (28) ans après, le Collectif des victimes survivantes des massacres dans l’Est de la RDC (COVISMAE-RDC) déplore le silence des autorités à tous les niveaux face à ces atrocités. Son coordinateur, Nathan Layabe, appelle à l’implication des leaders sociopolitiques afin que justice soit faite.
“Ces 28 ans de silence, de non réparation, que les autorités compétentes avec les leaders sociopolitiques s’impliquent pour qu’il y ait enfin une justice rapatrice et que les populations victimes se sentent tant soit peu dans leurs droits”, a-t-il appelé.
Lors des massacres de Kikyo, survenus dans la matinée du 14 avril 1998, plus de 300 personnes avaient été sauvagement tuées. Certaines ont été enterrées vivantes après avoir été contraintes de creuser leurs propres tombes. Les éléments de l’AFDL, soutenus par l’armée rwandaise, les ont exécutées en représailles à une attaque des Maï-Maï contre leur position sur la colline de Kikyo, au nord de Butembo. Les victimes ont été arrachées de leurs habitations lors d’une opération dite de ratissage, menée de manière drastique par les forces de l’AFDL.
Didy Vitava



























