La disparition du théâtre en milieu scolaire dans la ville de Butembo, voire dans les territoires de Lubero, Beni et d’autres entités, est due à plusieurs causes non négligeables, notamment le manque d’infrastructures théâtrales, l’insuffisance de sponsoring et de management, ainsi que l’insécurité persistante dans l’Est de la RDC. Le Chef des travaux Paluku Karongo Pantaléon l’a affirmé ce vendredi 27 mars à l’occasion de la Journée mondiale du théâtre, célébrée le 27 mars de chaque année.
Selon cet enseignant au département de Français et Langues africaines à l’Institut supérieur pédagogique (ISP) Muhangi à Butembo, le premier facteur expliquant l’inexistence du théâtre en milieu scolaire est le manque d’accès aux espaces appropriés. Il rappelle que jadis, la ville de Butembo comptait au moins trois lieux permettant aux élèves de s’exercer au théâtre. Avec la croissance démographique, ces espaces sont devenus insuffisants pour répondre aux besoins actuels, explique-t-il.
Le Chef de travaux évoque également la prolifération des écoles ne disposant pas d’infrastructures culturelles adaptées. Il a insisté que l’enfant n’apprend pas uniquement en salle de classe, mais aussi à travers des activités comme le théâtre.
“Le théâtre a progressivement disparu de la ville de Butembo, car, la plupart du temps, l’accès aux infrastructures théâtrales y pose problème. À l’époque, on disposait de trois salles pouvant servir à la pratique du théâtre scolaire. Parmi ces trois salles, deux seulement appartenaient aux écoles Malkia wa Mbingu et au Collège Kambali. La troisième n’était pas scolaire : il s’agissait de la salle d’une paroisse catholique, appelée « Le Flambeau ». Pourtant, l’apprenant n’apprend pas seulement pendant les heures de classe. L’accès difficile aux salles de théâtre a contribué à la disparition du théâtre dans cette ville“, a-t-il expliqué.
Par ailleurs, il a fait savoir que les encadreurs sont démotivés. Les metteurs en scène des troupes parascolaires ont progressivement disparu, faute de management et d’encadrement adéquat, ajoute-t-il. Ce linguiste regrette par ailleurs que certaines activités moins formatrices, notamment la musique, aient pris le dessus chez les apprenants.
“Une autre cause majeure est la motivation insuffisante des encadreurs des troupes scolaires. Dans les budgets scolaires, on ne prévoit souvent pas de rubrique culturelle. Les enseignants de français, d’histoire ou d’éducation civique, qui s’occupaient de l’encadrement du théâtre, ont ainsi été démotivés. Par conséquent, le théâtre scolaire a progressivement disparu. Par ailleurs, il n’existe presque pas de mécènes ni de sponsors pour prendre en charge l’aspect managérial de la production artistique. De plus, aujourd’hui plus qu’hier, la musique l’emporte sur le théâtre. Or, le théâtre pousse à la réflexion, et ce qui fait réfléchir semble de moins en moins intéresser la jeunesse. C’est dommage pour toute une communauté,” a-t-il précisé.
Paluku Karongo Pantaléon souligne que cette disparition du théâtre a un impact négatif sur l’expression orale des élèves. Il explique que le théâtre favorise l’épanouissement du langage, la prise de parole et la capacité à s’exprimer en public.
Face à cette situation, il appelle les enseignants de langues à œuvrer pour la relance du théâtre en milieu scolaire, afin de développer l’esprit critique des élèves.
“La disparition du théâtre scolaire a certainement un impact négatif sur l’expression orale des apprenants. En effet, le théâtre développe d’abord le langage verbal, puis le langage non verbal. Car au théâtre, il n’y a pas que la parole : il y a aussi, et surtout, la mimique et l’expression corporelle. Ainsi, la disparition du théâtre scolaire n’est pas sans conséquences sur la maîtrise du langage chez les apprenants. Au théâtre, on apprend à prendre la parole en public. Sans cette pratique, les élèves peuvent éprouver des difficultés à s’exprimer en continu, à dialoguer, ou encore à parler en regardant leur interlocuteur dans les yeux. Il ne s’agit pas seulement d’apprendre à bien prononcer ou à bien rythmer la voix, mais surtout d’apprendre à s’exprimer avec assurance en public,” renchérit-il.
Pour rappel, plusieurs années se sont écoulées sans que des pièces de théâtre soient présentées dans les écoles de Butembo et des territoires de Lubero et Beni, y compris dans certaines écoles à vocation littéraire. La Journée mondiale du théâtre vise à attirer l’attention sur l’importance de cet art dans l’éducation, la culture et le dernier développement social. Elle a été instaurée en 1961 par l’Institut International du Théâtre, avec le soutien de l’UNESCO.
Emmanuel SYAVUTAWA



























