En ville de Butembo, au Nord-Kivu, le rond-point VGH est devenu bien plus qu’un simple carrefour historique. Faute d’espaces publics adaptés, il s’impose aujourd’hui comme un lieu privilégié pour les réunions politiques. Malheureusement, sa transformation en tribune d’expression politique n’est pas sans conséquences.
Lors des différentes réunions populaires, plusieurs activités, notamment commerciales, se voient étouffées. Parfois, des tenanciers de boutiques et d’autres maisons de commerce situées aux encablures du rond-point VGH sont contraints de fermer leurs portes. Nombreux craignent d’éventuelles pertes de marchandises, les entrées des boutiques étant envahies par des militants ou des sympathisants des acteurs politiques.
« Nous ne savons plus quoi faire ici. Nous sommes obligés de fermer, on ne peut pas travailler dans cette foule, les participants envahissent nos portes », déplore un tenancier d’une boutique en face du rond-point VGH.
La circulation est également fortement perturbée pendant les réunions. L’axe Maison Haujue-rond-point Kaghuntura est souvent fermé à la circulation. Conséquence, la rue Kinshasa se retrouve débordée et plongée dans des embouteillages d’une ampleur inhabituelle. La rue d’Ambiance, dotée d’un sens unique, ne parvient pas quant à elle, à contenir l’afflux des conducteurs de moteurs roulants provoqués par la fermeture du passage au rond-point VGH.
« Parfois, nous refusons de prendre des clients qui se rendent en ville lorsqu’il y a des meetings, à cause des embouteillages. La circulation devient très difficile et il arrive que nous perdions d’autres clients en restant bloqués sur la rue Kinshasa », témoigne un conducteur de moto-taxi, membre de l’ATAMOVE.
Le choix controversé du rond-point VGH pour les meetings populaires
Le choix du rond-point VGH comme lieu de meetings politiques suscite une vive controverse.
Dans son discours prononcé devant la population de Butembo le 21 janvier 2026, le député national élu de Butembo, l’honorable Mbindule Mitono Crispin, a expliqué que les meetings se tiennent au rond-point VGH faute d’un espace public approprié dans la ville. Ce cadre de l’Union sacrée de la Nation, plateforme politique soutenant le président Félix Tshisekedi, a reconnu que la ville manque de plusieurs espaces publics.
« […] On ne devrait pas se tenir ici pour le meeting, normalement, on devrait avoir un endroit approprié », avait expliqué Mbindule Mitono Crispin, répondant à la préoccupation d’un conducteur des motos taxi sur l’arrestation des motos pour mauvais stationnement, faute d’un parking public dans la ville.
Cependant, le choix de cet endroit en plein centre-ville serait motivé par plusieurs raisons. Le chef des travaux Umbo Salama, enseignant à la Faculté des Sciences de l’Information et de la Communication de l’Université de l’Assomption Congo (UAC), estime que ce choix s’explique notamment par l’incapacité de certains politiciens à mobiliser un grand nombre de personnes pour les écouter dans d’autres espaces situés en dehors du centre-ville. Ces derniers tirent avantage de l’affluence régulière des habitants au rond-point VGH pour y organiser leurs meetings.
« Nombreux ne se font pas coter par apport aux messages qu’ils vont donner, mais c’est par apport au public qui va venir écouter. Et comme il y a déjà un public chacun va dire, j’ai été en mesure de mobiliser un public. Mais si on veut se mesurer, si on veut dire j’ai un bon message, on peut aller dans la concession de Tsaka-Tsaka, ou au stade Matekeo, je pense qu’ils auront du mal à faire venir ce public, vers le stade. Au rond-point VGH on a pas besoin de savoir qui a applaudi. Les gens choisissent l’endroit parce qu’il y a une population permanente », a-t-il expliqué.
Besoin d’un espace public
Pour le professeur Kamathe Mbuyiro, enseignant en Sciences de l’Information et de la Communication à l’Université de Kinshasa et visiteur à l’Université officielle de Rwenzori (UOR) Butembo, il n’est pas souhaitable de multiplier les rencontres populaires au rond-point VGH. Selon lui, cet espace n’est pas approprié, non seulement parce qu’il se situe au cœur de la ville, mais aussi à cause du rôle symbolique qu’il revêt. Il estime qu’il est essentiel que la ville dispose d’un espace public adapté pour accueillir ce type de rassemblements.
« Il ne faudrait pas que les attroupements tiennent lieu sur cet espace, c’est pour mille raisons. d’abord, c’est au carrefour de la ville, on ne peut pas aller ni à l’Est, ni à l’Ouest, ni au Nord, ni au Sud. La deuxième raison est que l’endroit est culturel, il est à la mémoire des bâtisseurs de la ville de Butembo. Vous y voyez des monuments en hommage aux personnes qui se sont battues pour la ville, aux cultivateurs, aux maçons. Cette ville a été construite par les mains d’hommes qui ont commencé à zéro, des cultivateurs de légumes, des choux », a expliqué le professeur Kamathe Mbuyiro.
Le rond-point VGH a accueilli plusieurs rencontres successives. Après celui du député national Rémy Mukweso, élu de Butembo, le 15 janvier, et celui de Madame Mbambu Mughole Juliette, autorité morale de l’ACLP, le 16 janvier, le député national Mbindule Mitono Crispin ya tenu son meeting le mercredi 21 janvier. Lors de la campagne électorale de 2023, le même lieu avait également ouvert une réunion du président Félix Tshisekedi.
Claudine Mulengya, Butembo



























